20 minutes d’air frais

 

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Prenez le temps, ça vaut le 20 minutes. En anglais.



L’or noir ne rime pas avec l’Arctique blanc: démonstration 614

Emissions record de CO2 sur un gisement gazier norvégien en Arctique
LE MONDE |

Le gisement gazier de Snø Hvit (Blanche Neige), au large de la Laponie norvégienne, devait marquer le lancement de l’aventure des hydrocarbures en zone arctique. Il est en train de se transformer en mauvais conte depuis que l’opérateur public, StatoilHydro, a réclamé au gouvernement norvégien une autorisation de dépassement massif de 1,5 million de tonnes pour ses rejets de gaz carbonique (CO2), alors qu’ils devraient être de 0,2 million de tonne annuellement en procédure normale, et de 2 200 tonnes de suie pour les six prochains mois en provenance de ses installations de liquéfaction d’Hammerfest.

StatoilHydro veut ainsi faire face aux difficultés techniques, notamment des fuites dans le système de refroidissement, qui ont bloqué le chantier depuis la mi-novembre 2007, peu de temps après son ouverture en août. Le gaz du gisement de Snø Hvit doit en principe être transporté jusqu’à Hammerfest, où il est transformé en gaz naturel liquide qui permet son transport sur longue distance par voie maritime. Ce type d’exploitation est le premier du genre en Europe.
La mise en service, qui devait s’étaler sur quelques mois, devient de plus en plus aléatoire. La torchère qui recrachait une couche de suie sur la ville cet automne pourrait recommencer bientôt, puisque StatoilHydro souhaite redémarrer la production en janvier. « On parle d’un doublement des rejets de CO2, ce qui va augmenter de 5 % les émissions de CO2 de toute la Norvège », prévient Christine Karlsen, de l’organisation écologiste norvégienne Bellona. Dès fin décembre 2007, Bellona avait réclamé que StatoilHydro paye une amende de 15,5 millions d’euros pour les dégâts environnementaux occasionnés.

Le gisement de Snø Hvit, dont Total et Gaz de France sont parmi les principaux clients, a cumulé les dépassements de budgets et les retards. Pour le gouvernement de centre-gauche norvégien, qui peaufine un profil écologiste, l’alternative est extrêmement embarrassante : accorder la rallonge de pollution ou fermer l’installation pour un coût exorbitant.

Tout en reconnaissant que le niveau de pollution demandé est extraordinaire, StatoilHydro s’engage à la compenser en achetant des droits d’émission de gaz carbonique.



Si peu si tard

Réchauffement climatique – Les provinces cibleront les conséquences plutôt que de s’attaquer aux causes

La Presse canadienne

Vancouver — Les changements climatiques ayant déjà commencé à faire des ravages, les provinces ont convenu qu’il était urgent d’intervenir et d’unir leurs forces pour en diminuer l’impact.

Les premiers ministres de toutes les provinces se sont donc entendus, hier, pour mener un certain nombre d’initiatives au cours des prochains mois, en vue de documenter le problème et de s’y attaquer.

Une attention particulière sera portée sur le niveau des cours d’eau, la foresterie et les régions nordiques, où certains changements sont déjà perceptibles comme la fonte du pergélisol, a noté le premier ministre Jean Charest.

«À court terme, il y aura un impact très, très, très important» sur les nombreux soubresauts du climat, a-t-il prédit, en point de presse, au terme d’une rencontre de deux jours avec ses homologues. D’où l’importance d’agir dès maintenant.

L’Ontario lance le bal en s’engageant à réunir des scientifiques et des experts de la question au cours des prochaines semaines, pour faire le point sur les recherches menées sur les conséquences des changements climatiques.

Quand on aborde la question des changements climatiques, on parle de quelque chose «qu’on ne peut tout simplement pas éviter», a constaté le premier ministre de l’Ontario, Dalton McGuinty.

Un rapport d’étape sur les initiatives prises par les différentes provinces sera présenté lors de la prochaine réunion annuelle du Conseil de la fédération, qui aura lieu à Québec, à la mi-juillet.

D’ici là, des mandats seront confiés à des groupes de travail, qui seront mis sur pied dans les différentes provinces du pays.

Ainsi, faute d’avoir réussi depuis un an à trouver un consensus sur la lutte contre les gaz à effet de serre, les premiers ministres des provinces adoptent donc désormais une perspective plus large, en visant une intervention sur plusieurs tableaux et à plus long terme.

Pour le Québec, «c’est un défi qui est très présent dans nos vies puisque les événements des 12 dernières années nous rappellent à quel point les extrêmes climatiques font partie de notre vie», a fait remarquer M. Charest, en faisant référence aux inondations au Saguenay, à la crise du verglas et à la prolifération d’algues bleues dans les lacs.

Les provinces chercheront à la fois à diminuer l’importance des changements anticipés et à contrer efficacement les inconvénients résultant de ces changements, tels qu’inondations, déforestation et fonte des glaces du Grand Nord.

À ce propos, particulièrement en ce qui touche les régions nordiques du pays, «il est urgent» que le gouvernement fédéral mette l’épaule à la roue en apportant sa contribution, ont noté les premiers ministres du Québec et de l’Ontario.

«Un peuple, un pays, un destin», a résumé M. McGuinty, qui a dit compter sur Ottawa pour «donner vie à nos ambitions».

Les provinces s’engagent à mieux arrimer leurs actions dans ce domaine, à collaborer, à partager leur expertise et les résultats de leurs recherches.

De son côté, le premier ministre de la Colombie-Britannique, Gordon Campbell, a surtout insisté sur l’importance de mener des recherches sur la génétique forestière, de manière à déterminer quelles essences d’arbres résisteront le mieux aux intempéries et aux infestations. Il faut «protéger nos forêts à long terme», a-t-il dit.

Les provinces de l’Atlantique devront plutôt s’attarder à documenter la question de la conservation de l’eau et des aléas du niveau de la mer.

M. Campbell a aussi parlé de l’importance pour le pays d’avoir une stratégie d’atténuation de l’impact des inondations, incluant des mesures d’urgence en cas de désastre «qui pourraient s’appliquer à travers le pays».

Par ailleurs, le premier ministre Charest a réitéré son projet de voir installée à Montréal la Bourse du carbone, qui encadrera l’échange d’émissions de gaz à effet de serre.



Lettre de Palestine

Gaza, le blocus au quotidien

par Heba Zayyan


Depuis que le Hamas l’a emporté sur le Fatah dans la bande de Gaza, les habitants de celle-ci subissent un blocus sévère et inhumain, qui a affecté tous les aspects de leur vie quotidienne. Suite à la fermeture des frontières avec Israël et l’Egypte, les entrées et sorties du territoire sont devenues impossibles : un million et demi de Gazaouis s’en retrouvent prisonniers.

De surcroît, de très nombreux produits ne sont plus disponibles sur le marché, et d’autres ont subi une hausse des prix considérable. Certains articles, tels le fer ou divers matériaux de construction, ne peuvent plus être livrés dans la bande de Gaza, affectant des secteurs entiers de l’économie, en particulier l’activité des ingénieurs, entrepreneurs et ouvriers du bâtiment. Certains types de médicaments ne sont plus fournis ou sont rationnés, ce qui pose de graves problèmes de fonctionnement à la plupart des hôpitaux.

Du coup, le chômage et la pauvreté atteignent des chiffres record et plongent la population dans un dénuement extrême. Et, pour couronner le tout, on assiste à une sévère dégradation de l’état psychologique et social de la population, en proie à des sentiments d’emprisonnement, de réclusion et d’impuissance totale.

La semaine dernière, plusieurs événements ont durement frappé la bande de Gaza. Vingt jeunes membres du Hamas ont été tués lors d’une incursion de l’armée israélienne dans la zone très peuplée d’El-Zaytoun. En représailles, le Hamas a lancé des roquettes sur Israël, qui a répondu par un renforcement sans précédent du blocus. Gaza est totalement privé de carburant, de gaz naturel et de nourriture, provoquant de graves pénuries dans cette ville déjà surpeuplée.

Pendant trois jours, très peu de véhicules ont circulé dans les rues et l’électricité a été coupée dans la quasi-totalité des foyers. Alors que Gaza connaît une grande vague de froid et que les étudiants passent leurs examens dans les universités, les radiateurs électriques ne fonctionnent plus. Quant à ceux alimentés au gaz, on les utilise parcimonieusement, de peur que la crise ne se prolonge. Cette situation constitue surtout un risque pour la vie de certains patients dans les hôpitaux, à commencer par les prématurés dans les couveuses. Inutile de dire que tout cela a aggravé notre sentiment d’impuissance, vu notre incapacité à agir pour changer le cours des choses.

Suite à certaines campagnes de presse, des quantités limitées de carburant ont pu être livrées dans le territoire. Cela pourrait donner le sentiment au monde extérieur que la crise du carburant et du gaz est terminée. Ce n’est hélas qu’une apparence, car l’électricité reste toujours aussi rare, et il n’y a toujours pas de carburant pour les voitures. Il semblerait que ces restrictions doivent se prolonger, et nous redoutons plus que tout un rationnement de l’électricité.

Mercredi dernier, des brèches ont été percées par des groupes armés dans le mur qui sépare la bande de Gaza de l’Egypte. Heureusement, l’Egypte nous a permis d’entrer provisoirement sur son territoire, provoquant un sentiment de relatif soulagement dans la population. Il se trouve que, ce jour-là, j’avais à faire à Rafah : j’ai eu la chance d’observer de mes propres yeux tous ces Gazaouis traversant la frontière à pied ou dans des voitures bondées. Comment ne pas les comprendre, après avoir subi un blocus aussi long et eu accès à aussi peu de denrées et de services ? Beaucoup de ces gens n’ont pas d’emploi : ils essayaient de gagner quelques sous en important d’Egypte des produits qu’ils pourraient revendre dans la bande de Gaza. D’ailleurs, les prix très élevés des produits devenus rares, comme les cigarettes, ont chuté en quelques heures seulement. Nombre de ceux qui se sont rués vers El-Arich, en Egypte, attendaient depuis plus de huit mois de quitter Gaza pour aller travailler ou étudier de l’autre côté de la frontière.

Je me demande quel regard le monde extérieur jette sur ces populations, sur leurs tentatives d’accéder à une ville relativement proche avec des ressources presque aussi limitées qu’à Gaza, avec tant de joie, de persévérance et d’enthousiasme ! A mes yeux, il n’y a pas de spectacle plus aigre-doux que ces gens marchant en longues files sur de grandes distances, avec leur mouton ou un bidon d’essence, heureux d’avoir arraché cette minuscule victoire, de si courte durée.

Les autorités égyptiennes ont annoncé que le passage entre la bande de Gaza et El-Arich (uniquement El-Arich, et non le reste de l’Egypte) resterait ouvert jusqu’à nouvel ordre, tant que les Gazaouis auraient besoin de se ravitailler en produits de première nécessité. Cependant, cela n’annonce toujours pas la fin du blocus. Le Hamas et l’Autorité palestinienne à Ramallah devraient, selon moi, parvenir très vite à un accord, en dépassant leurs divergences et en s’entendant pour soutenir ensemble le peuple palestinien.

La bande de Gaza ne devrait plus être isolée de la Cisjordanie. Sa population ne devrait plus continuer à vivre en marge, exposée aux privations et aux violations des droits de l’homme. Quand donc va prendre fin son attente désespérée d’un changement miraculeux qui lui permettrait d’être considérée par le reste des nations comme formée d’êtres humains à part entière, qui aspirent à une vie « normale » ? Les Gazaouis n’ont pas à subir de punitions collectives en raison de la vision qu’a le monde de l’action de leurs dirigeants.

Heba Zayyan vit à Gaza et tient un blog, Contemplating from Gaza.



Vivat pour la prospérité économique du Canada!

Sables bitumineux

Suncor va accroître sa production

Service des Nouvelles de Radio-Canada 

Extraction de sables bitumineux en Alberta

Photo: AP Photo/Jeff McIntosh

Extraction de sables bitumineux en Alberta

La haute direction de Suncor Energy, l’une des plus importantes pétrolières canadiennes, a donné son feu vert, mercredi, à un projet d’expansion évalué à environ 20,6 milliards de dollars. Ce projet permettra au géant de l’extraction des sables bitumineux albertains d’accroître sa production de 200 000 barils par jours.

Cette initiative, pour laquelle Suncor a déjà investi 2,5 milliards de dollars en travaux préparatoires, s’inscrit dans un projet à long terme qui vise, lui, à faire passer la production journalière de Suncor de 235 000 barils en 2007 à plus de 550 000 en 2012.

La direction de Suncor, tout en admettant qu’à terme son projet entraîne une augmentation de ses émissions de gaz à effet de serre, compte allouer une partie des fonds du projet pour réduire l’impact environnemental de l’extraction des sables bitumineux.

Impact environnemental

Suncor est dans la ligne de mire des environnementalistes et des scientifiques. Ces derniers déplorent l’expansion fulgurante au cours des dernières années d’une industrie qui compte parmi les plus polluantes du Canada. Avec son actuelle production, Suncor est considérée comme l’un des plus gros pollueurs du pays et l’un des responsables de la forte augmentation des émissions canadiennes de gaz à effet de serre.

Un chercheur de l’Université d’Ottawa, Leslie Shiell, travaille d’ailleurs sur une étude destinée à calculer le coût des dommages environnementaux causés par l’extraction des sables bitumineux. M. Shiell s’est demandé, en se servant de l’exemple de Suncor, si cette entreprise serait toujours rentable si elle devait payer pour les coûts des dommages environnementaux générés par ses activités.

Il semblerait, en fait, que si une facture environnementale était présentée à Suncor pour ses seules émissions de gaz à effet de serre, les bénéfices du géant albertain chuteraient d’environ 27 % par baril. Et encore, comme le souligne l’économiste, son étude ne prend pas en compte le coût de l’utilisation de l’eau.

De plus, Suncor a annoncé mardi qu’elle s’est entendue avec le gouvernement albertain pour accroître d’environ 20 % les redevances qu’elle lui verse sur ses activités.



Dans la série sur l’éthique des conservateurs…

Allégations d’ingérence politique

Dimitri Soudas nie tout

Services des Nouvelles de radio-canada

Le secrétaire de presse et conseiller pour le Québec du premier ministre Stephen Harper, Dimitri Soudas, nie avoir cherché à influencer des décisions du ministère des Travaux publics afin de protéger un allié du Parti conservateur, Michael Rosenberg, propriétaire du groupe Rosdev de Montréal.

Dimitri Soudas

Dimitri Soudas

À l’ouverture du caucus conservateur, mercredi, M. Soudas a expliqué aux journalistes qui l’assaillaient de questions qu’il n’a fait que demander des renseignements au personnel du ministère des Travaux publics, que dirige Michael Fortier.

« J’ai demandé des explications et, ultimement, comme vous avez vu, il n’y a rien qui a changé dans ce dossier. Il était devant la cour dans le temps et il est toujours devant la cour », a fait valoir M. Soudas.

L’affaire qui soulève la controverse est le résultat d’une enquête menée par la télévision de Radio-Canada, en collaboration avec le quotidien torontois The Globe and Mail. Elle porte sur l’intervention, dans deux dossiers distincts, de M. Soudas et de son ami Léo Housakos, un important collecteur de fonds pour les conservateurs au Québec.

Malgré les affirmations de M. Soudas, le député libéral Denis Coderre soutient pour sa part que le gouvernement Harper doit fournir des explications à ce sujet.

Le gouvernement sur la défensive

Stephen Harper

Le premier ministre Stephen Harper

Comme il fallait s’y attendre, cette affaire a rebondi à la Chambre des communes lors de la période des questions, mercredi.

Pressé par l’opposition de s’exprimer sur les allégations rapportées par les médias, le premier ministre Harper a répondu que les faits remontent à un an et qu’« il ne s’est rien passé ».

Il a ajouté que ce n’est pas parce que les deux individus mis en cause, MM. Soudas et Housakos, sont d’origine grecque qu’il faille conclure au complot.

Ce commentaire du premier ministre a suscité une cacophonie de réactions bruyantes de la part de l’opposition, libérale notamment. Le député Denis Coderre a regretté les propos « dégradants » du premier ministre.

Pour sa part, le leader du gouvernement à la Chambre des communes, Peter Van Loan, a affirmé qu’« il n’y a eu aucun traitement de faveur ». Il a ajouté que M. Soudas n’a pas exercé de lobbying, comme l’accuse l’opposition.

L’affaire Rosdev

Rosdev est actuellement poursuivi par le ministère des Travaux publics, qui tente de mettre la main sur deux complexes immobiliers qui lui appartiennent, soit l’Esplanade Laurier, à Ottawa, et les Terrasses de la Chaudière, dans le secteur Hull, à Gatineau.

Le ministère et le propriétaire de Rosdev, l’homme d’affaires montréalais Michael Rosenberg, s’affrontent depuis 10 ans au sujet de problèmes d’entretien, de murs qui tombent et de loyers payés en trop à ces endroits.

L’intervention de M. Soudas dans ce dossier est survenue à l’été 2006, soit quelques mois après que les fonctionnaires de Travaux publics Canada, excédés, eurent recommandé de poursuivre Rosdev et de reprendre les immeubles, comme le prévoit le contrat.

Lorsque des élections fédérales sont déclenchées à la fin de 2005, M. Rosenberg s’engage aux côtés des conservateurs dans la circonscription d’Outremont, où se trouve une grande partie de la communauté juive hassidique, dont il fait partie. Le libéral Jean Lapierre a remporté cette élection.

Léo Housakos

Léo Housakos, important collecteur de fonds du Parti conservateur au Québec

Après que M. Harper eut été porté au pouvoir, Léo Housakos se rend voir le chef de cabinet du ministre des Travaux publics. Sans mandat officiel en ce sens, il plaide en faveur de Rosdev. « C’est un homme d’affaires important dans la communauté juive et hassidique. Moi, je voulais simplement [...] trouver une façon d’assurer qu’il soit bien traité par le gouvernement », explique-t-il.

Ses tentatives se soldent par un échec, mais, rapidement, Dimitri Soudas prend le relais et pose beaucoup de questions au ministère au sujet de Rosdev. Léo Housakos affirme toutefois qu’il n’a jamais demandé d’aide à M. Soudas. « Je n’ai jamais approché Dimitri sur ce sujet-là, jamais, jamais, jamais », dit-il. M. Soudas dit s’être impliqué dans ce dossier après qu’un conseiller municipal eut soulevé la question.

Selon les sources de Radio-Canada et du Globe and Mail, Dimitri Soudas a convoqué, le 2 août 2006 au bureau du premier ministre, à l’édifice Langevin, à Ottawa, le chef de cabinet du ministre Michael Fortier et son adjoint.

Deux sources confirment que le but de cette rencontre n’était pas de demander des informations, mais bien de faire comprendre au cabinet de M. Fortier qu’il fallait trouver une solution à ce problème, parce que Michael Rosenberg était un allié précieux au Québec.

« Il y a eu des pressions du bureau du premier ministre. Dimitri Soudas voulait gagner du temps, retarder les procédures judiciaires contre Rosdev », affirme une première source. « Le but, c’était d’aider un allié important, un ami politique qui allait aider les conservateurs dans la communauté juive », ajoute une seconde source.

L’intervention de M. Housakos dans ce dossier est survenue quelque mois plus tôt, au printemps 2006, lors d’une rencontre à laquelle prenait part le chef de cabinet de M. Fortier, Frédéric Loiselle, et un avocat de Rosdev, John Lemieux. Selon M. Housakos, une activité partisane était au coeur des discussions et le dossier Rosdev n’a été abordé qu’au passage.

John Lemieux s’est depuis dûment enregistré comme lobbyiste auprès du gouvernement fédéral en tant que représentant de ThyssenKrupp Marine Systems Canada, une firme qui convoite un contrat de la Défense nationale pour deux navires ravitailleurs.

Les interventions de Léo Housakos et de Dimitri Soudas ont été interprétées par le bureau de Michael Fortier comme de l’ingérence. Malgré les pressions, le ministère a foncé, et le groupe Rosdev pourrait maintenant perdre ses immeubles en cour. Quant à Léo Housakos, il a depuis été nommé par le gouvernement Harper au conseil d’administration de la société d’État Via Rail.

Intrigante rencontre

Ce dossier n’est pas le seul qui soulève des questions au sujet des relations qu’entretiennent M. Soudas et M. Housakos. Leur implication auprès d’une entreprise internationale oeuvrant dans le domaine militaire suscite également des interrogations.

Des représentants de cette firme cherchaient, l’an dernier, une personne qui pourrait les conduire dans les coulisses du gouvernement conservateur. Entre alors en scène M. Housakos, qui leur est présenté comme un bon guide, bien qu’il ne soit pas un lobbyiste enregistré.

M. Housakos accepte de rencontrer les représentants de l’entreprise à Montréal. Or il n’est pas seul: M. Soudas est également présent. D’où la question: qu’est-ce qu’un représentant de Stephen Harper faisait à cette table avec des fournisseurs potentiels du gouvernement?

M. Soudas ne nie pas que cette rencontre ait eu lieu, mais ajoute qu’il n’a, en aucun temps, transgressé les règles d’éthique gouvernementales. Léo Housakos, lui, affirme qu’il ne se souvient pas de cette rencontre. Il ajoute qu’il n’a reçu d’argent d’aucun client pour faire du lobbying auprès du gouvernement fédéral. « Je ne suis pas dans ce domaine-là, je ne connais personne dans ce domaine-là », dit-il.



Laver son linge salle en famille

Davos
Affrontement Québec-Ottawa

Il semble bien que les entreprises canadiennes n’aient pas à se préoccuper d’une hausse éventuelle de leurs impôts.

Jean Charest à Davos
Au Forum économique de Davos, en Suisse, le premier ministre du Québec, Jean Charest, a vivement réagi aux accusations d’Ottawa, la veille, qui affirmait que les provinces canadiennes n’avaient pas suffisamment diminué les impôts des entreprises pour leur venir en aide.

Jean Charest a répliqué au ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, que l’impôt des entreprises était moins élevé au Québec que dans la plupart des provinces canadiennes, ajoutant que le taux provincial d’imposition des entreprises au Québec était même inférieur à celui du fédéral.

Il a en plus invité les conservateurs de Stephen Harper à ramener l’impôt fédéral des sociétés au même niveau que celui du Québec.

Jim Flaherty à Davos
Jeudi, le ministre fédéral des Finances, avait reproché au Québec et à l’Ontario, en marge du Forum, de ne pas avoir réduit suffisamment les impôts des entreprises canadiennes en difficulté, principalement dans les secteurs forestier et manufacturier.

Selon lui, les premiers ministres de l’Ontario et du Québec sont mal placés pour critiquer le plan d’aide de 1 milliard de dollars annoncé récemment par Ottawa, car ils n’ont rien fait pour améliorer la situation, notamment en réduisant le fardeau fiscal des entreprises.

 



Un autre bel exemple de la souveraineté canadienne

Permis de conduire à puce: à toute vitesse pour plaire à Washington

Denis Lessard
William Leclerc
La Presse
La Société d’assurance automobile du Québec devra adopter une vitesse grand V en 2008 si elle veut arriver à temps avec un nouveau type de permis de conduire pour satisfaire aux exigences de Washington en matière de sécurité à la frontière.

Muni d’une puce électronique, une feuille d’érable au verso, votre permis de conduire pourra vous éviter de réclamer votre passeport pour entrer aux États-Unis, une économie de 87$.

Mais le permis vous coûtera plus cher; au moment ou s’appliquent les hausses importantes de primes pour les automobilistes et les motocyclistes, une opération qui avait soulevé la controverse pendant des mois en 2006 et 2007, la SAAQ constate que la production du permis coûtera 6$ de plus que le permis actuel, qui coûte déjà 13,40$. Si l’automobiliste payait les coûts réels, il faudrait lui facturer 19,40$. Présentement, le gouvernement vous fait un cadeau en ne facturant que 8$ pour un permis de conduire!

En décembre dernier, lors du passage à Québec du gouverneur du Vermont, James Douglas, le premier ministre Charest avait annoncé la mise en place d’un projet pilote entre le Québec et cet État.

Sentiment d’urgence

Dans une série de documents obtenus de la Société d’assurance automobile en vertu de la Loi sur l’accès à l’information gouvernementale, on constate un sentiment d’urgence pour satisfaire aux exigences nouvelles de Washington pour les transports terrestres et maritimes.

«Au plus tard» le 1er juin 2009, les Américains prévoyaient exiger le passeport pour tous les Canadiens se présentant à la frontière par voie terrestre – c’est déjà le cas pour le transport aérien depuis le 23 janvier 2007. La SAAQ compte lancer ses nouveaux permis avant la fin de 2008. On prévoit que 25% des conducteurs s’en prévaudront, soit 1,2 million sur les 4,8 millions de détenteurs de permis au Québec, de préciser hier Gino Desrosiers, porte-parole de la SAAQ. Le Québec comme les autres provinces n’auront qu’un préavis de 60 jours pour se plier aux exigences des Américains, qui auront des conséquences importantes pour l’industrie du camionnage, notamment.

Estampillé «projet», un document de 78 pages daté du 13 décembre 2007 dessine dans le détail les étapes à franchir avant la fin de la «stratégie d’implantation», la période de préparation, en mai prochain. Les nouveaux permis seront dotés d’une puce électronique que les appareils des douaniers américains pourront lire à quelques mètres.

Renseignements personnels

La SAAQ doit encore décider si elle prendra ses renseignements chez le Directeur de l’état civil, à la Régie de l’assurance maladie ou au bureau des passeports. En Colombie-Britannique, où le projet est plus avancé qu’au Québec, on sera en lien avec l’État civil, et il y aura la possibilité de transmettre des courriels à Citoyenneté et Immigration Canada. Mais, de préciser hier M. Desrosiers, la banque des données personnelles sur les conducteurs restera à la SAAQ. Les douaniers américains auront accès électroniquement aux mêmes informations qu’ils pourraient lire sur le permis, sans les références aux classes de conducteur ou aux limitations du permis. Le document attestera essentiellement l’exactitude du nom, de l’adresse, de la date de naissance du conducteur et de l’expiration de la validité de son permis.

Lacunes possibles

Dans une analyse des «lacunes» que risque de présenter le nouveau système, on observe qu’on n’a pas tout à fait établi comment on pourra empêcher que plus d’un permis puisse être délivré à la même personne sous des identités différentes. Une foule de situations devront être prévues; comment, par exemple, refuser le permis à un demandeur qui est frappé d’une interdiction de quitter le Canada.

Des documents produits l’automne dernier pour la ministre des Transports Julie Boulet indiquent qu’un nouveau «permis de conduire amélioré» permettrait de répondre aux attentes américaines. Sur une base volontaire, les automobilistes et les camionneurs demanderaient ce permis doté d’une puce électronique, donnant aux douaniers accès à la confirmation de leur citoyenneté canadienne. La ministre Boulet s’est d’ailleurs donné la possibilité de mettre en place ce nouveau régime dans la Loi sur la sécurité routière adoptée en décembre dernier. L’article 7, qui n’a guère soulevé d’intérêt, prévoit que la SAAQ peut remettre des permis confirmant «la citoyenneté du titulaire», «afin de permettre le passage d’un titulaire à la frontière entre le Canada et les États-Unis».

En rendant l’obtention de ce permis facultative – le permis régulier resterait disponible – le gouvernement peut se soustraire facilement aux obligations sur la protection des renseignements personnels -, les candidats au nouveau permis «seraient bien informés de la transmission qui serait faite de leurs informations, il y aurait donc consentement explicite de la personne concernée conformément à la Loi (sur la protection des renseignements personnels)», indique-t-on.

6,5 millions

Il en coûtera 6,5 millions pour mettre au point ce projet – celui de la carte à puce envisagée il y a quelques années par la Régie de l’assurance maladie avait coûté beaucoup plus cher. L’exploitation du nouveau régime coûtera 17 millions pendant les quatre premières années, et par la suite les coûts supplémentaires récurrents seraient de 4 millions.



Une brèche en enfer

 
Courrier international – 24 janv. 2008
Une brèche en enfer dans palestine espaceur
Donald Macintyre The Independent

Article

GAZA – « C’est comme si les portes de la prison s’étaient ouvertes ! »
espaceur dans palestine
Après l’ouverture à l’explosif d’une brèche dans la clôture frontalière, les Palestiniens vivant dans la bande de Gaza continuent à affluer vers l’Egypte pour s’approvisionner. Reportage du quotidien britannique The Independent.
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« Je ne sais pas qui a fait ça », confie joyeusement M. Najar, 38 ans, « mais c’est un accord entre deux peuples, pas entre gouvernements. » Il s’est levé tôt pour profiter de la situation. Les bulldozers ont fini le travail commencé par les militants qui ont ouvert une énorme brèche dans le mur avec dix-sept charges explosives dans la matinée du mercredi 23 janvier. Il revient d’Egypte avec de quoi gagner enfin sa vie, ce dont les sept mois de blocus israélien [depuis la prise de la bande de Gaza par le Hamas en juin 2007] l’avait peu à peu privé : pneus, batteries de voiture, gazole et pièces détachées, pour un montant total d’environ 1 300 dollars (900 euros). 

Comme des centaines d’autres personnes, il a déchargé les marchandises d’un taxi égyptien et loué une charrette à âne pour leur faire traverser les 200 mètres du corridor de Philadelphie, une zone jadis redoutée car patrouillée par Israël et qui est devenue un gigantesque parking pour ceux qui vont faire des achats. Les gardes-frontières égyptiens qui se tiennent près de leurs véhicules blindés ont l’air fort satisfaits de voir des milliers de Palestiniens, hommes, femmes et enfants, se presser entre les énormes plaques de béton renversées du mur ou se frayer un passage au milieu des vestiges de la barrière de tôle ondulée qui gît désormais au sol, tordue, inutile. L’un d’entre eux se tient près de la mosquée Shuhada, dans la partie égyptienne de Rafah, entouré de petits garçons curieux. En treillis camouflé, il ne porte apparemment pas d’arme et refuse de donner son nom. « Tout va bien », déclare-t-il. « Nous sommes très contents de ce qui s’est passé. » Son unité a-t-elle reçu des instructions pour gérer la sortie en masse des Palestiniens ? « Personne ne nous a rien dit. »

Ce n’est peut-être pas la chute du mur de Berlin, mais si quelqu’un se demandait quel effet pouvait avoir sur un peuple un siège prolongé, il a eu la réponse hier. Alors que les rues de la ville de Gaza sont anormalement vides à cause de la pénurie de carburant, voitures, camionnettes, camions à bestiaux bourrés de Gazaouis en quête de biens de consommation courante se pressent sur la route Salahuddin, la grande artère nord-sud de la bande de Gaza, et bloquent les abords de la frontière, sûrs de pouvoir remplir leurs jerrycans d’essence et de gazole après avoir fait patiemment la queue de l’autre côté. « Nous allons au paradis », crie un adolescent. La ville égyptienne de Rafah n’avait jamais rien vu de pareil. Au début de l’après-midi, nombre de magasins n’avaient plus rien à vendre. Les changeurs d’argent égyptiens, débordés, circulaient difficilement dans la foule, les poches bourrées de billets.

Israël, c’est compréhensible, considère ce va-et-vient incessant par une brèche d’au moins 1 kilomètre de large comme un casse-tête majeur pour sa sécurité. L’Etat hébreu a déclaré que cela signifiait que « n’importe qui pouvait entrer à Gaza ». Et personne, pas même les miliciens du Hamas qui surveillent discrètement l’exode du côté palestinien – en prélevant parfois une taxe sur les cartons de cigarettes égyptiennes entrant dans la bande –, personne ne peut dire exactement ce que contient chaque charrette, sac ou boîte de conserve. Mais même si, comme c’est très probable, le Hamas est directement responsable de l’explosion qui a ouvert une brèche dans le mur, ce sont les civils palestiniens privés depuis le mois de juin 2007 de tout ce qui n’est pas rigoureusement nécessaire – et, depuis une semaine, même des produits de première nécessité – qui ont traversé la frontière en masse.

Mohammed Al-Sheikh, 30 ans, boucher à Deir Al-Balah, dans le centre de Gaza, où le prix du bœuf a presque doublé, a tout simplement pris un taxi égyptien pour se rendre au village de Sheikh Zied, puis il est rentré à pied en menant par une corde une belle vache blanche et noire qu’il avait payée 4 000 livres égyptiennes (480 euros). Marwan Talah, un paysan de 25 ans, est revenu de son incursion à Al-Arish avec six moutons noirs à longs poils, deux sacs d’engrais chimique et deux autres d’Egyptian Portland, ce précieux ciment blanc dont presque tous les Gazaouis semblaient en avoir acheté. L’arrêt des importations de ciment depuis un mois a non seulement stoppé la construction dans toute la bande de Gaza, mais aussi empêché les familles de couler des dalles sur les tombes des défunts.

Tous ne sont pas allés chercher des médicaments, de la farine, des bonbonnes de gaz, des cigarettes, du chocolat, des fours – et même, dans un cas, une moto à 1 000 dollars (690 euros) fabriquée en Chine – ou toute autre marchandise introuvable ou hors de prix à Gaza. Kifa Zorab, 33 ans, est ravie de pouvoir traverser la frontière avec ses cinq enfants pour rendre visite à sa famille à Rafah, en Egypte. « Nous allons voir ma belle-mère », a-t-elle expliqué en souriant. « La moitié des personnes qui me sont chères vivent à Gaza, et les autres de l’autre côté. Nous sommes si contents, si soulagés… On dirait une fête, comme le jour de l’Aïd [la grande fête musulmane de l'Aïd El-Adha]. Et cette année le jour de l’Aïd n’a pas été joyeux. »

A l’intérieur du poste-frontière officiel qui, ironie du sort, reste fermé et gardé, un général du Hamas en uniforme se tient à côté du Dr Atef Mohammed, un pharmacien qui attend le retour de ses employés partis chercher les médicaments qui font cruellement défaut à Gaza. « C’est fabuleux », a commenté le général, « nous n’avons eu aucun problème avec les Egyptiens. » Il souligne que « rien n’a été planifié ». Qu’il dise vrai ou non, Mohammed Al-Qadi, un civil âgé de 55 ans, qui distribue à tout le monde des petits gâteaux égyptiens, résume la situation : « Nous avions l’impression de vivre dans une prison, et maintenant les portes de cette prison se sont ouvertes », déclare-t-il avec dans la voix davantage d’optimisme que de certitude.

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Régis Dubray sur l’Élysée de 2008

Malaise dans la civilisation, par Régis Debray
LE MONDE | 24.01.08 | 13h26

« L’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance. » Qu’en auraient pensé, devant le peloton d’exécution, Jean Cavaillès, Marc Bloch, Jean Prévost, Léo Lagrange ? Ils avaient assez de foi en eux pour hausser les épaules. Mais du temps où il y avait une gauche en France, cette injure – dans la bouche d’un président de la République – eût mis un million de citoyens sur le pavé. Une « politique de civilisation » ? Certes, mais laquelle ? Chacune se définit par sa façon de souder ou de distinguer le temporel et le spirituel. Des Eglises libres de l’Etat, dans une nation élue, comme aux Etats-Unis, ce n’est pas un islam inféodé à l’Etat, comme en Turquie, ni un Etat libre des Eglises, comme en France, fille de sainte Geneviève et de Diderot. Après d’heureux aperçus sur le considérable apport du christianisme, le discours du Latran a dérivé vers une falsification de notre état civil. Et la prière psalmodiée dans la capitale du fanatisme, Riyad, louant Dieu comme « le rempart contre l’orgueil démesuré et la folie des hommes », oublie que le Dieu unique a été autant cela que son contraire.

C’est entendu : si aucune civilisation ne peut vivre sans valeur suprême, le temps est passé des messianismes de substitution qui demandaient à un accomplissement politique de pallier mort et finitude. Une république laïque n’a pas à promouvoir une quelconque Vérité, révélée ou « scientifique ». Mais que notre chose publique, par une chanceuse exception, se soit affranchie, en 1905, des religions établies ne la réduit pas à une courte gestion de l’économie, notre intouchable état de nature. Enraciné dans l’instruction publique, le projet républicain d’émancipation a sa noblesse. Il y a un code des libertés publiques, mais la Fraternité n’est pas réglementaire. C’est une fin en soi, qu’on peut dire transcendante, sur laquelle peuvent se régler pensées et actions.

Tout citoyen à la recherche de ce qui le dépasse se verrait enjoint de regarder l’au-delà ? Cela revient à délester la République de toute valeur ordonnatrice. Il y a loin de l’enseignement laïque du fait religieux, que j’avais recommandé, que l’Assemblée nationale a approuvé, à ce détournement dévot du fait laïque. Notre propos n’était pas d’humilier l’instit pour vanter l’iman ou le pasteur. Mais d’étendre les Lumières jusqu’au « continent noir » des religions, non de les abaisser. Encore moins de les éteindre. « La mystique républicaine, disait Péguy, c’était quand on mourait pour la République. La politique républicaine, c’est quand on en vit. » Cette dernière ne sera pas quitte envers la première avec une gerbe de fleurs le 14-Juillet ou une belle envolée quinquennale. Faut-il, parce que les lendemains ne chantent plus, remettre aux détenteurs d’une Vérité unique le monopole du sens et de la dignité ? Entre la high-life et la vie consacrée, il y a le civisme. Entre le top model et Soeur Emmanuelle, il y a l’infirmière, l’institutrice, la chercheuse. Entre l’utopie fracassée et le Jugement dernier, il y a ce que l’on se doit à soi-même, à sa patrie, à autrui, à l’éthique de connaissance, au démon artistique. Ces transcendances-là, qui se conjuguent au présent, sans dogme ni magistère, ne sont pas les seules, mais elles ont inspiré Marie Curie, Clemenceau, Jean Moulin, Braque, Jacques Monod et de Gaulle (dont la lumière intérieure n’était pas la religion, mais l’histoire). Etaient-ce des professeurs de nihilisme ? Dans le rôle du mentor et du liant entre factions, la franc-maçonnerie des rich and famous semble avoir remplacé celle des loges radicales d’antan, moins flashy mais plus éclairante. Faut-il, parce que le Grand Occident succède au Grand Orient, réduire le gouvernement à une administration, la scène nationale à un music-hall et la foi religieuse au statut de pourvoyeuse d’espérance aux désespérés ? Après l’opium des misérables, l’alibi des richards ? Les vrais croyants méritent mieux.

Au forum, la frime, à l’autel, l’authentique ? Dieu pour les âmes, l’argent pour les corps, ceci compensant cela. C’est l’idéal du possédant. Ce cynique équilibre entre indécence matérialiste au temporel et déférence cléricale au spirituel soulagerait nos élus de leurs obligations d’instruire et d’élever l’esprit public en payant d’exemple. Ce grand écart est possible dans un pays-église, formé au moule biblique, où neuf citoyens sur dix croient en l’Etre suprême et où l’Evangile peut faire contrepoids au big money. La France, où un citoyen sur dix reconnaît l’Inconnaissable, n’est pas la « One Nation under God ». Les civilisations ne se délocalisent pas comme des stock-options ou des serials télévisés – anglicismes désormais de rigueur. Fin des Chênes qu’on abat, à La Boisserie, face à la forêt mérovingienne. « S’il faut regarder mourir l’Europe, regardons : ça n’arrive pas tous les matins. – Alors, la civilisation atlantique arrivera… » Encore une prophétie gaullienne confirmée ? Le divin atlantisme désormais à l’honneur donne congé à une tradition républicaine biséculaire au nom d’une tradition théodémocratique inexportable.

L’actuel chef de l’Etat s’est donné dix ans pour rattraper le retard de la France sur la « modernité », nom de code des Etats-Unis, passés maîtres des arts, des armes et des lois. Et voilà que, sur un enjeu crucial où nous avions de l’avance sur la Terre promise des people, un born-again à la française nous mettrait soudain en marche arrière ? Bientôt la main sur le coeur en écoutant La Marseillaise ? Les lapins, faute de mieux, feront de la résistance.



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