Tâche ingrate pour l’Idée fédérale

Jean-François Lisée

www.cyberpresse.ca (opinions)
vendredi 12 juin 2009
J’estime cependant que l’Idée souverainiste reste plus réalisable que l’Idée fédérale.
(Version intégrale) C’est du jamais vu. 55% des Québécois estiment qu’un « Québec indépendant » aurait fait mieux (14%) ou aussi bien (41%) que le Canada dans la crise économique actuelle. Voilà une des nombreuses bonnes nouvelles que les indépendantistes peuvent puiser dans le sondage CROP rendu public ce vendredi par le nouveau groupe « Idée fédérale ».

C’est capital, car la crainte des électeurs québécois face à l’avenir économique d’un Québec souverain fut LE facteur déterminant de la courte défaite du Oui en 1995. Jamais, sauf dans le grand élan post-Meech de 1990, les Québécois ne s’étaient montrés aussi confiants en leur propre capacité de gérer leur barque, a fortiori en période de crise majeure. Le sondage fut publié le jour où un autre cap statistique essentiel fut franchi : il y a désormais moins de chômage au Québec qu’en Ontario ou aux Etats-Unis. La crise agit comme un révélateur de la résilience du modèle québécois, si imparfait soit-il, face à la fragilité de ses puissants voisins. Le Québécois moyen ne sait pas que, depuis 2000, la croissance par habitant de son économie fut plus forte que celle de l’Ontario, égale à celle des Etats-Unis, supérieure à celle de la moyenne du G7. L’écart sera encore plus favorable lorsque les chiffres de 2009 et de 2010 seront pris en compte. Mais le Québécois sent, ces mois-ci, qu’il peut enfin cesser de nourrir le sentiment d’infériorité économique qu’il a traîné comme un boulet pendant des décennies.

On dit les niveaux d’appuis à la souveraineté en reflux. Conclusion bizarre car les sondeurs d’Angus Reid et ceux du PQ nous disent à l’unisson que le Oui et le Non sont, sur la question de 1995, toujours au nez à nez. Surtout, d’autres phénomènes sont en train d’élargir les points d’appui de l’idée souverainiste,un peu comme l’expérience de la fin des années 1980 avait préparé, en coulisses, la résurgence du sentiment indépendantiste de 1990-1995.

La bonne tenue de l’économie québécoise en est une, la lente mais sure progression de l’identité québécoise en est une autre. Les chiffres du sondage CROP/Idée fédérale sont là encore d’un grand secours. Ils révèlent qu’au cours des 11 dernières années, la proportion de Québécois qui se dit « seulement » ou « d’abord » Canadiens a chuté de 7 points, passant de 28 à 21 %. La proportion qui se dit également Canadiens et Québécois est stable à 26% (+1). Mais la proportion qui se dit « seulement » ou « d’abord » Québécois est passée de 55 à 60%. C’est Maurice Pinard, le grand sondeur fédéraliste, qui avait le premier révélé l’importance prédictive majeure de ces évolutions. Lorsque tout est dit, on ne peut voter pour un Québec souverain si on ne se juge pas d’abord Québécois.

J’ajoute une troisième tendance lourde, associée à la précédente : la lente décanadianisation du Québec. Plus le Québec s’ouvre au monde, moins le poids relatif du Canada ne compte dans cette ouverture. Plus le Québec est branché, moins le branchement canadien ne semble le plus intéressant, et en rien le plus essentiel. Plus on débat de changement climatique, de réforme du capitalisme, d’OGM, de pandémie, moins la part canadienne de ces débats n’est déterminante. Ce n’est plus le rejet (sauf des conservateurs). Ce n’est plus la crainte. C’est l’indifférence. Le Canada ne suscite plus de sentiment fort. C’est ce qui tue à petit feu, chez les Québécois, l’idée canadienne.

(suite…)



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