Doublé, M. Harper!

Allez, inutile de continuer le double verbiage, quant à vos intentions nordiques. Les russes ont déjà gagné la course. Alors maintenant, dites-nous les choses comme elles sont. C’est le pétrole Arctique qui vous intéresse? Dites-le, mais dites-le donc une fois pour toute que ni les populations inuits, ni l’environnement ne sont les moteurs de votre politique du Nord.

Au rencart, nos brise-glace

Courrier International

Avec la fonte rapide des glaces, la route du Nord pourrait devenir une “autoroute” maritime de grand intérêt économique et stratégique pour la Russie.

Doublé, M. Harper! dans environnement 1911-Banquise_0

 

 

“A partir de la fin août, les navires ont rencontré de petits icebergs et une fine banquise. Les brise-glace atomiques 50-Let-Pobedy et Rossia étaient là en cas de problème, car c’était notre première traversée commerciale par la route maritime du Nord. Mais la météo a été si favorable que nos navires de classe arctique E3 auraient pu passer seuls”, explique Niels Stolberg, président de la compagnie Beluga Shipping.

Ainsi donc, la route maritime du Nord est en train de dégeler. Que devons-nous en attendre ? Cette route qui longe les rivages nord de la Russie, depuis l’entrée dans la mer de Kara jusqu’au détroit de Béring, est officiellement ouverte à la navigation internationale depuis 1991, mais les glaces de l’Arctique ont freiné son succès. Sans elles, cette voie serait une autoroute. Elle est presque deux fois plus courte que les autres trajets reliant l’Europe à l’Extrême-Orient. Pour relier Hambourg (Allemagne) à Yokohama (Japon) par le canal de Suez, on doit parcourir 20 500 kilomètres, contre 12 000 par la route du Nord. Soit dix jours de gagnés. En outre, Suez affiche complet. Or le volume d’échanges entre l’Europe et l’Asie ne cesse d’augmenter (il sera encore multiplié par 1,5 en 2010, selon le Fonds monétaire international). Enfin, si l’exploitation du plateau continental arctique (qui pourrait renfermer de grandes quantités d’hydrocarbures) est engagée, la route maritime du Nord deviendra indispensable.

La fonte des glaces va-t-elle se poursuivre ? “Depuis la fin du xxe siècle, on assiste à une transformation de la banquise. La voie est d’abord restée dégagée durant la période estivale de navigation, en août et septembre. Le minimum de glace que nous ayons observé remonte à 2007. Depuis, la quantité a légèrement augmenté, mais il est difficile de prédire l’évolution des glaces au cours des prochaines années. La route sera ouverte à la navigation, mais les détroits de Long ou de Vilkitski resteront toujours des endroits où l’assistance des brise-glace sera nécessaire”, estime Vladimir Sokolov, de l’Institut de recherches scientifiques sur l’Arctique et l’Antarctique (IRSAA).

Une voie maritime que seule la russie est capable d’entretenir

Tout le monde n’est pas de cet avis. Ainsi, les experts de la Conférence mondiale sur le changement climatique pensent que, d’ici dix ou quinze ans, la limite de la calotte glaciaire se sera déplacée de 100 kilomètres vers le nord, laissant la voie dégagée toute l’année. Si cela se confirme, le trafic s’y développera dans des proportions considérables.

La Russie va-t-elle en bénéficier ? A ce jour, elle est rémunérée pour ses brise-glace, à raison de 35 ou 40 dollars par mille marin. Le réchauffement rendrait ce service inutile. Cela dit, il restera impossible de s’en passer totalement dans un proche avenir. N’oublions pas les mises en garde des spécialistes de l’IRSAA. En outre, il existe de nombreux autres moyens pour le pays de gagner de l’argent : activités portuaires, aide à la navigation, bulletins météo, informations sur les tempêtes de neige, rapports sur l’état de la glace, services d’urgence et de secours. Mais, surtout, il deviendra possible de faire payer le transit par les eaux territoriales russes. “La zone d’exclusion des 12 milles (22,2 km) est un espace interdit aux navires étrangers. Il y a aussi la zone économique des 200 milles, dans laquelle ils sont autorisés à passer sous réserve d’un accord de l’administration de la route maritime du Nord, mais toute recherche scientifique ou prospection géophysique y est interdite”, rappelle Sergueï Frolov, directeur du laboratoire d’étude de la navigation polaire de l’IRSAA. “Par ailleurs, emprunter cette voie nécessitera des infrastructures que seule la Russie est capable de mettre en place.”

Tout est cependant loin d’être parfait. Pour l’instant, seule la partie occidentale de la route fonctionne bien. Elle sert à transporter métaux non ferreux et hydrocarbures vers les marchés d’Europe de l’Ouest. Mais la partie orientale ressemble à un désert blanc. Le suivi de la glace et de l’hydrologie le long de la route maritime du Nord n’est plus mené comme il le devrait, les prévisions météo sont incomplètes, les ports et escales à l’abandon, de nombreux signaux de navigation ont carrément disparu. Malgré tout, Dmitri Kouvaline, directeur de laboratoire à l’Institut de prospective économique de l’Académie des sciences, estime que ces problèmes pourraient être assez vite réglés. “En dix ou quinze ans, la demande intérieure, qui ne va cesser de croître, peut permettre de les résoudre. Dans le secteur ouest, on va exploiter le pétrole et le gaz du plateau continental. A l’est aussi, il y a du pétrole et du gaz, et Roman Abramovitch [célèbre oligarque et ancien gouverneur de la Tchoukotka, région de l’extrême Nord-Est russe] a exprimé son désir de les exploiter. Au centre, nous avons déjà l’entreprise Nornickel.”



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